Place de l’Etape

La grippe H1N1 ou la défaite du politique

6 février 2010 · 6 commentaires

D’après des experts fiables, dont le professeur Marc Gentililni, ancien président de la Croix Rouge française et membre de l’Académie de médecine, les coûts induits, en France, par la lutte contre la grippe H1N1 (achat de vaccins, de masques, de solutions hydro alcooliques, mobilisation des moyens de l’Etat et des collectivités, etc.) dépasseraient largement les 2 milliards d’euros. Pour une épidémie qui n’a pas eu lieu, cela fait beaucoup, surtout au regard des moyens qui sont mis en oeuvre dans les pays du tiers monde pour lutter contre de vraies maladies, à l’image du paludisme, qui tue plus d’1,3 millions de personnes par an. Si l’on fait la comparaison avec le plan cancer, le déséquilibre est tout aussi choquant. De source gouvernementale, le plan cancer mobilise en effet sur 4 ans 732 659 000 euros, soit 3 fois moins que ce que le professeur Gentilini qualifie « d’épidémie de l’indécence ».

Pourquoi un tel affolement des pouvoirs publics? Plusieurs raisons sont possibles, des plus mercantiles (la collusion avec les puissants laboratoires pharmaceutiques, qui, par parenthèses, continuent allègrement de licencier leurs employés pour augmenter leurs marges de profits) aux plus bassement politiciennes (créer artificiellement une peur collective pour détourner les consciences citoyennes de problèmes sociaux et économiques autrement plus difficiles à résoudre : l’explosion du chômage et de la précarité, la dette de l’Etat, la ghettoïsation de certains quartiers, les phénomènes de déclassement social, etc.). Il est certain que la mauvaise gestion des deux crises sanitaires que furent le sang contaminé, d’une part, et la canicule de 2003 d’autre part, jouèrent également un rôle dans la psychose gouvernementale.

A un niveau plus profond, il est tout aussi clair que le luxe de précautions prises (et d’ailleurs mal prises : on n’ose imaginer ce qui ce serait passé s’il y avait vraiment eu pandémie) traduit la volonté d’une société vieillissante de tout contrôler, de tout prévoir, de tout maîtriser, même la maladie, même la mort. Beau sujet de méditation. Pour ma part, je trouve la négation contemporaine de la mort tout à fait inquiétante. C’est d’ailleurs un phénomène récent. Ainsi, je me souviens, dans le Paris de mon enfance, des grands dais de velours noir frappés d’une initiale en argent qui ornaient les façades des demeures patriciennes devant lesquelles je passais pour me rendre à l’école, afin d’annoncer à la ville et au monde que M. Untel ou que Mme X nous avait quitté pour un monde meilleur. Ceci est bien connu. Et là n’est d’ailleurs pas l’essentiel.

La grippe H1N1 n’est en effet pas seulement une maladie. C’est aussi le symptôme d’un autre syndrome contemporain, qui affecte  la sphère politique. La gestion uniquement  technique et comptable de la possibilité d’une grippe  traduit une inquiétante paralysie de la faculté de jugement qui doit, théoriquement, présider à tout choix éclairé. Le personnel politique, souvent issu d’une caste technocratique, tend à perdre de vue les points de vue généraux. Sa responsabilité n’est que très exceptionnellement mise en cause, en tout cas pas sur un plan parlementaire (la justice relaie parfois, mal, les carences de notre régime constitutionnel). Personne n’est plus responsable de rien, personne n’assume plus rien, personne ne semble plus en capacité d’assumer des choix qui peuvent être douloureux, difficiles, compliqués. La tentation est grande, dès lors, de ne plus choisir du tout. C’est l’idée qui préside au triste principe de précaution, qui décharge celui qui l’invoque de la tâche d’arbitrer. La crainte est tellement grande de mal faire, qu’on ne fait plus du tout ou qu’on fait trop, sans se poser la question, pourtant élémentaire, de la proportionnalité des moyens aux fins poursuivies. Agir n’est ni réagir, ni sur-agir. Il n’y a donc plus, à proprement parler, d’approche politique des problèmes, c’est à dire de réflexion sur le bien commun, conjointe à une délibération sur la meilleure façon de l’atteindre. L’agitation gouvernementale se réduit ainsi à une réaction à courte vue, inspirée par la peur, qui est une passion, non un principe d’action. Et cela fait déjà plus de deux millénaires qu’on sait qu’on ne gouverne pas les hommes avec des passions.

Aristote, reviens! ils sont devenus fous!

En bonus, ce dessin et son commentaire, envoyés par une lectrice:

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L’appauvrissement programmé des bibliothèques municipales d’Orléans

22 janvier 2010 · 2 commentaires

A Orléans, les soldes ne concernent pas seulement le commerce. La politique culturelle aussi est au rabais. Après la suppression des aides accordées au cinéma d’art et d’essai, c’est au tour du budget des bibliothèques d’être affecté par une baisse sensible de ses financements municipaux. Ainsi, au titre de l’année 2010, les sommes allouées par la ville pour l’acquisition de nouveaux documents par les bibliothèques ont enregistré une chute vertigineuse, passant de 300 000 à 200 000 euros. Cette réduction de plus de 30% des crédits signifie qu’Orléans consacre désormais moins de 2 euros par habitant à l’enrichissement de ses collections imprimées (hors périodiques), audiovisuelles et patrimoniales. C’est bien chiche pour une ville qui prétend rayonner dans le monde entier. Et c’est très inférieur à la moyenne des efforts consentis en ce domaine par des villes de la taille de celle d’Orléans, comme en témoignent les statistiques éditées par la direction du livre au sein du ministère de la culture. Ainsi, pour ce qui concerne l’accès à la culture pour tous, non seulement notre ville ne progresse pas, mais elle régresse, et elle régresse gravement.

Très concrètement, par delà la sécheresse de ces indicateurs financiers, si l’on considère qu’un document (tous supports confondus) coûte en moyenne 20 euros, cette amputation de 100 000 euros représente près de 5000 livres, CD, DVD qui ne pourront être achetés pour les Orléanais cette année. 5000 livres, CD, DVD qui ne seront pas mis à la disposition de tous dans le réseau de nos bibliothèques publiques. Quel sera, également, l’impact de ces coupes claires dans l’accroissement de nos collections patrimoniales ? Les bibliothèques d’Orléans seront-elles encore en mesure d’enrichir notre fonds de documents rares et précieux qui attire chaque année des centaines de chercheurs ?

L’opposition municipale, groupe socialistes, verts et apparentés, dénonce avec fermeté cette politique de dumping culturel et demande le rétablissement des crédits d’acquisition d’ouvrages au niveau qui était le leur en 2009. L’opposition tient à rappeler l’importance considérable de la lecture publique et des supports audio-visuels dans l’accès du plus grand nombre aux productions de l’esprit. Les bibliothèques municipales concourent en effet à la réalisation d’une plus grande justice sociale dans la cité, en diffusant gratuitement les œuvres d’art et les connaissances qui forment le socle de notre patrimoine commun. Réduire le budget d’acquisition des bibliothèques, ce n’est donc pas seulement prendre le risque politique d’une régression culturelle, c’est porter un mauvais coup à la démocratisation du savoir. C’est aussi refuser de parier sur l’avenir et la formation des jeunes qui seront les citoyens, les travailleurs, et les entrepreneurs, de demain. Dans une ville universitaire comme Orléans, qui conjugue les responsabilités d’une capitale régionale et les prétentions d’une cité d’art et d’histoire, il est inconcevable que les usagers des bibliothèques fassent les frais d’une ambition municipale au rabais.

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M. Hortefeux, rendez nous notre droit de la nationalité!

20 janvier 2010 · 4 commentaires

Voici le texte d’une pétition initiée par François Rebsamen qui dénonce le caractère absurde et manifestement discriminatoire de l’état actuel de notre droit de la nationalité. Décidément, il fait de moins en moins bon vivre dans notre douce France.

Le Code civil, dans ses articles 17 à 23, détermine les conditions de détention de la nationalité française.
 Celle-ci s’acquiert de quatre façons : par le droit du sol par le droit du sang, par naturalisation ou par mariage.

Le décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports impose aux citoyens français, nés à l’étranger ou de parents étrangers, de faire « la preuve » de leur nationalité française (acte de naissance, livret de famille comportant les mentions de naturalisation ou certificat de nationalité française) lors du renouvellement de leurs papiers d’identité, sous le prétexte que l’administration française aurait pu faire une erreur lors d’une précédente délivrance.

Ce décret instaure une nouvelle source de discrimination : la présomption d’usurpation de nationalité.

Des dizaines de milliers de Français sont aujourd’hui dans des situations intolérables, aberrantes, parfois ubuesques, face aux difficultés d’établir la preuve d’une nationalité française dont ils sont détenteurs depuis très longtemps.
 Nous ne pouvons accepter ce régime de suspicion généralisée.

Nous demandons donc solennellement à Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, de prendre d’urgence un nouveau décret pour mettre un terme à cette situation scandaleuse.

Afin d’exiger la publication de ce texte qui inverserait « la charge de la preuve » et imposerait le respect du droit français à l’administration, je vous invite à signer cette pétition.

François Rebsamen,
 Sénateur maire de Dijon

Pour signer la pétition rendez-vous sur le site : http://www.rendeznousnotrenationalite.fr


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Après l’ADAMIF

18 janvier 2010 · 3 commentaires

Voici un communiqué émanant d’un collectif d’association d’aide aux migrants, désireuses de réagir après la disparition brutale de l’ADAMIF.  Il traduit la volonté, paratgée par beaucoup, de ne pas baisser les bras, alors que le gouvernement de la République se fourvoie dans des débats de plus en plus nauséeux sur l’identité nationale et dans  des pratiques d’expulsions de plus en plus nombreuses et brutales.

L’ADAMIF n’a pas disparu de mort naturelle. Elle a été tuée.

 Si pendant des décennies l’Etat français a pu déléguer aux associations des missions de service public tout en leur conférant une certaine marge de manœuvre, aujourd’hui il souhaite en avoir davantage la maîtrise et aussi mieux en contrôler les usagers.

 Les raisons de la disparition de l’ADAMIF, dans un contexte de mise en concurrence et de marchés publics, sont éminemment politiques. L’Etat et ses représentants locaux ont décidé dorénavant de choisir les opérateurs sur lesquels ils peuvent exercer leur mainmise.

 Cette disparition brutale se situe donc dans la démolition méthodique, entreprise par le pouvoir, des organisations indépendantes qui accompagnent les étrangers dans leurs démarches et auxquelles ils peuvent faire confiance, notamment parce qu’elles respectent les principes de libre accès et de confidentialité.

 Localement, l’ASTI a déjà résisté et survécu à l’acharnement déployé contre elle. L’ADAMIF succombe aujourd’hui alors qu’en plus des missions de service public qui lui étaient confiées, elle accompagnait les populations étrangères dans leur désir d’intégration et de reconnaissance culturelle.

 Nationalement, la Cimade est écartée de la plupart des centres de rétention, les CADA (Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile) sont sommés de devenir des lieux où l’on devrait  moins se soucier d’accueillir les personnes que de les tenir sous la main, et pourquoi pas un jour de les interpeller à la sortie si elles sont déboutées, afin de pouvoir les enfermer et les renvoyer dans le pays d’origine.

 Nous appelons à la solidarité avec les nombreux immigrés qui trouvaient une aide précieuse auprès de l’ADAMIF et la possibilité d’accéder à leurs droits, ainsi qu’avec les professionnels qui les accompagnaient et qui se retrouvent aujourd’hui au chômage.

 Nous proposons aux habitants de l’Agglomération orléanaise qui partagent notre colère, de nous rejoindre, aux syndicats et aux formations politiques qui partagent aussi notre indignation, de construire sans tarder un front commun d’opposition à cette politique honteuse.

 Nous voulons une France solidaire et multiculturelle !

Ensemble, résistons ! 

Une réunion publique est prévue le mardi 23 février,

à 20 h 30, Maison des Associations, à Orléans                       

 Abraysie ouverte, ASTI, Association Toits du Monde, Cimade, RESF.

Pour nous joindre : librasso@hotmail.fr

 

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Pourquoi transformer l’investissement public en bénéfices privés ?

11 janvier 2010 · Un commentaire

La nouvelle crèche des chats ferrés est inaugurée aujourd’hui. C’est l’occasion pour le groupe d’opposition Socialistes, Verts et apparentés de dénoncer une nouvelle fois le tour de passe-passe opéré par la majorité municipale, qui consiste à transformer l’investissement public en bénéfices privés. A la ville et aux contribuables orléanais le coût de la rénovation de cette crèche (soit environ un million d’euros) ; à l’entreprise privée délégataire la perception de 500 000 euros par an pour rémunération de sa gestion. En clair, la ville paye pour un service qu’elle est parfaitement capable d’assurer elle même en régie, grâce à la compétence et au dévouement de ses agents.

Certes, le groupe d’opposition se félicite de l’augmentation des capacités d’accueil et de garde des jeunes enfants dans notre cité. Il considère également que l’élargissement des horaires d’ouverture de la crèche des Chats Ferrés constitue un réel avantage pour les familles. Mais il estime que la méthode suivie par la majorité municipale dans cette affaire relève de l’idéologie libérale plus que de la saine gestion des deniers publics. Ainsi, en cas de délégation de service public, il est de coutume de laisser le délégataire (en l’occurrence l’entreprise privée) financer lui même l’aménagement ou la rénovation des locaux qui lui sont concédés. C’est alors une opération “gagnant/gagnant” pour les deux partenaires : le délégataire assume des coûts tout en escomptant des profits. A Orléans, c’est plutôt du perdant/gagnant : la ville assume les coûts et le délégataire empoche les bénéfices. Est-ce là la meilleure manière de réaliser des économies pour une collectivité? La concurrence entre le public et le privé ne s’en trouve-t-elle pas gravement faussée ?

Enfin, le groupe d’opposition entend rappeler le poids social de cette privatisation, à côté des charges financières qu’elle induit. Les employés du délégataire, en effet bénéficieront de garanties et de protections sensiblement moins importantes que celles des agents des autres crèches d’Orléans employés par la ville. Ce choix s’inscrit plus largement dans les orientations poursuivies par la municipalité depuis quelques années, qui visent à multiplier le nombre d’emplois de contractuels, à différer les titularisations des agents embauchés, et à sous-traiter des pans entiers de l’activité municipale à des entreprises privées. Le but de ces expédients divers ? La réalisation d’économies de personnel. Espérons qu’aux Chats ferrés comme ailleurs, cette moins value-sociale ne se traduira pas par une dégradation du service rendu aux usagers. Mais rien n’est moins sûr.

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La langue de bois pour les nuls

6 janvier 2010 · 4 commentaires

Signalée par une fidèle lectrice, cette remarquable vidéo éducative.  Enjoy !

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Les régies de quartier mises au pas de l’OIE

22 décembre 2009 · 6 commentaires

La majorité municipale d’Orléans a souhaité mettre un terme brutal à l’existence des deux régies de quartier qui depuis, plus de 20 ans, travaillaient à la réinsertion des publics fragiles, tout en maintenant ou en dynamisant du lien social de proximité. Cette mise à mort, qui s’est donnée pour fallacieux prétexte les difficultés de gestion de la Régie Repères de la Source, sert en réalité la reprise en main politique de deux quartiers (l’Argonne et la Source) qui n’ont pas voté pour M. Grouard aux dernières élections municipales. Ces régies de quartier disparaissent donc, absorbées dans une association communale d’insertion (Orléans, Insertion, Emploi : OIE), dirigée par M. Philippe Leloup, proche de la majorité municipale, avec M. Montillot à la manoeuvre, au prix d’une conception très extensive de la sécurité publique.

L’opération s’est d’ailleurs accompagnée d’une telle précipitation dans sa mise en oeuvre qu’elle est entachée d’illégalité. Le conseil municipal de juillet dernier, dans sa hâte de liquider les régies de quartier, a ainsi voté une subvention de 80 000 euros à l’association chargée d’en assurer la reprise (l’OIE, donc), alors que cette association n’avait même pas été créée (la publication au JO date du 8 août  2009). Pourquoi s’embarrasser avec la loi? Pourquoi observer les formes du droit, quand on a le pouvoir pour soi? Pourquoi agir avec prudence, quand on est sûr de gagner? Dans cette circonstance, l’opposition municipale, qui n’a pas pris part au vote de cette délibération scélérate, n’a pu que dénoncer la manoeuvre, sans pouvoir agir en justice, de crainte que les salariés des régies liquidées ne retrouvent pas un emploi dans la nouvelle structure. Où l’on touche les limites de l’action politique…

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Identité nationale et conscience républicaine

21 décembre 2009 · 3 commentaires

L’actualité fournit parfois de bien inquiétants télescopages. En quelques semaines, nous avons ainsi assisté au lancement du pitoyable débat sur l’identité nationale, à l’annonce de la suppression de l’histoire-géo du programme des Terminales scientifiques, au renvoi de 9 malheureux afghans vers leur pays en guerre, et à la cessation d’activités de plusieurs associations de soutien aux migrants (le SSAE, l’Adamif dans notre département), faute de financements suffisants.

Difficile de penser qu’il s’agit là de pures coïncidences. Assurément, Mme Le Pen va avoir le plus grand mal à convaincre ses électeurs potentiels de voter pour le FN. La majorité UMP applique déjà fort bien la politique qu’elle aurait sans doute rêvé de mettre en oeuvre. En outre, l’idée même d’associer, dans la dénomination d’un ministère républicain, identité nationale et immigration, constitue en soi une pétition de principe aussi dangereuse que significative, que n’aurait point reniée M. Le Pen lui-même. Comment, dans un pays d’immigration comme la France (le solde migratoire y est positif depuis le XVIIè siècle), peut on sérieusement soutenir que l’identité nationale se construit MALGRE l’immigration? Comment, dans un pays républicain comme la France, peut-on suggérer que l »identité nationale pourrait avoir une base éthnique? Comment, dans un pays héritier des Lumières comme la France, peut on organiser un débat sur l’identité nationale avec Mme Morano dans la ville natale de M. Barrès, la référence culturelle majeure du régime de Vichy?

Ce qui est en cause, en ce moment, au delà de l’héritage fraternel de la Résistance, ce sont les valeurs issue des Lumières (les « lumières de la raison », comme disaient les philosophes du XVIIIè siècle): l’amour de la liberté, la confiance rationnelle en l’homme, l’égalité assumée dans les différences, le souci de l’intérêt public qui formèrent les bases du « contrat social » passé entre le peuple, enfin devenu souverain, et ses représentants.  Ce sont ces valeurs qui inspirèrent la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Au vu d’affirmations récentes de certains membres du gouvernement je pense que nous serions incapables, aujourd’hui, de la rédiger et de la proclamer. Sommes nous encore seulement capables de la servir? N’avons nous pas oublié que l’humanité était notre famille commune? Et que la communauté politique avait pour fin non la domination, non la guerre de tous contre tous, mais le soin de chacun et la préservation de tous grâce à un régime juste?

Aujourd’hui, pour la première fois depuis que j’ai l’âge de m’intéresser un peu aux affaires publiques, je suis inquiète. Inquiète des amalgames et des amnésies, inquiète des manipulations de l’histoire que se permet M. Sarkozy, inquiète de la politique de la brutalité que s’autorise M. Besson, inquiète de ce débat sur l’identité nationale que mène en ce moment le gouvernement.

Contactée pour y prendre part en tant qu’ »expert », comme professeur d’histoire du droit, j’ai refusé de m’y rendre, afin de ne pas cautionner une entreprise aussi dangereuse qu’inutile. J’observe d’ailleurs que les conseillers municipaux d’opposition d’Orléans n’y ont pas été conviés. L’eussent-ils été qu’ils ne s’y seraient pas rendus, parce qu’ils sont convaincus qu’on n’ouvre jamais la boîte de Pandore sans prendre un risque mortel pour la communauté humaine (il est temps de réviser ses classiques de la mythologie).

C’est pourquoi j’invite dès maintenant ceux d’entre vous qui ne l’ont pas encore fait à signer la pétition suivante, pour mettre un terme à ce qui n’est pas un débat, mais une entreprise funeste de démoralisation nationale. J’en reproduis le texte ci-après. L’enregistrement de la signature se fait ici.

Arrêtez ce débat, Monsieur le Président !

Depuis le 2 novembre 2009, la France a été entraînée, malgré elle, dans les tourments d’un débat sur l’identité nationale. De nombreuses voix s’étaient pourtant élevées pour avertir que le lien posé d’emblée entre l’immigration et l’identité nationale était de nature à libérer une parole au « mieux » stigmatisante, au pire raciste.

Malheureusement, ces prédictions apparaissent aujourd’hui se situer bien en-deçà d’une réalité inquiétante et nauséabonde. En effet, depuis plusieurs semaines, les débats sur l’identité nationale sont apparus comme des espaces de libération d’une parole raciste, prompte à remettre en cause, de façon insidieuse ou explicite, la légitimité de la présence sur le sol national de catégories entières de la population.

Un nombre substantiel de réunions nous font honte tant les propos qui y sont tenus heurtent nos consciences de républicains et de démocrates, attachés aux valeurs du vivre ensemble. Propos violents envers les immigrés et leurs enfants, vision caricaturale des « jeunes de banlieue », obsession autour de la figure du musulman comme euphémisation d’un racisme anti-arabe qui n’ose plus s’exprimer en ces termes : voilà quelles semblent être les principales réflexions qui émergent des réunions tenues sur le territoire.

Pire, des responsables politiques de premier plan ont cédé au tropisme de la stigmatisation. Ainsi, il y a quelques jours, une Ministre de la République, Nadine Morano, livrait en creux sa vision du musulman, essentialisé dans la position de celui qui refuse de s’intégrer à la Nation, fût-il français.

La technique consistant, face aux tollés soulevés par de tels propos, à expliquer que ces derniers ont été mal compris ne doit pas faire illusion. La preuve n’est plus à faire que le débat sur l’identité nationale, bien loin de renforcer l’adhésion aux valeurs de la République, est un facteur de haine et de désunion, là où notre pays devrait s’atteler à cultiver le vivre ensemble. Un vivre ensemble trop fragile pour qu’il soit affaibli à travers un débat qui, posé en ces termes, ne pouvait finalement rien produire d’autre.

Face à cette réalité qu’il est inutile de vouloir camoufler, il est tout aussi inutile de sortir la carte du « peuple dont l’expression est légitime ». Car, dans notre pays comme dans toutes les grandes démocraties, le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. À cet égard, les propos racistes tenus dans des réunions organisées par les préfectures sont d’autant plus graves que l’Etat vient apposer sa légitimité à l’expression de pensées qui n’ont pas lieu d’être dans l’espace public.

C’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Président de la République, de mettre un terme à ces réunions, sans quoi la République française que vous représentez aura fait le choix de laisser se tenir en son sein et avec son assentiment un débat de nature à briser durablement les fondements de notre vivre ensemble.

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Lettre d’un grand père à Eric Besson

13 décembre 2009 · 3 commentaires

Voici la lettre, envoyée par l’un de mes amis, à M. Eric Besson, ministre de la République française. J’ajouterais, à titre personnel qu’en ces temps de débat sur l’identité nationale, il est bon que des citoyens rappellent à des ministres les valeurs fondatrices de notre société républicaine.

J’apprends, Monsieur Eric Besson, que vous voulez renvoyer plusieurs réfugiés afghans (au moins 9 actuellement au centre de rétention de Calais Coquelles, 2 au centre de Lille) par charter mardi 15 décembre vers l’Afghanistan. La police a notifié ces dates de renvoi aux Afghans maintenus à Coquelles.
Fin octobre, les propos très nets du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s’opposaient à de tels renvois. Quelques jours plus tard, vous-même évoquiez la suspension des renvois compte tenu de la situation dégradée en Afghanistan. Aujourd’hui, la confirmation du projet d’un nouveau charter pour Kaboul vient contredire toutes les déclarations gouvernementales.

C’est un grand-père qui vous écrit pour que ces personnes, jeunes qui ont fui la guerre, ne soient pas rejetées dans cette guerre, initiée par les Russes (alors condammnée par les Occidentaux) puis reprise par Bush pour une route du pétrole, alléchante pour le pouvoir américain, guerre dont M Obahma a beaucoup de mal à extraire ses troupes, guerre qui a valu la mort et les blessures de jeunes Français. Toutes ces guerres qui aboutissent maintenant au maintien en place d’un gouvernement corrompu et qui vit de la drogue qu’il envoie dans les pays « riches » au détriment de nos petits enfants au chomage.
Si votre gouvernement ne veut pas être suspecté de participer à ce système barbare et mafieux, il faut nous le montrer par des gestes pas seulement symboliques :
- ne pas renvoyer les réfugiés afghans, et aussi d’autres persécutés, dans leur pays qu’ils ont quitté et au prix de quelles souffrances !
- arrêter de tremper dans ces guerres qui participent beaucoup à notre dette collective !
- arrêter de faire la vie belle aux riches au détriment des pauvres,
- et arrêter de falsifier la situation économique et sociale en nous présentant des valeurs moyennes qui ont de moins en moins de signification quand les écarts entre les extrêmes se creusent.

Bonnes fêtes

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Connaissez-vous Louis Lacave?

1 décembre 2009 · 24 commentaires

Le 27 novembre dernier, le conseil municipal d’Orléans a décidé de baptiser « Louis Lacave » l’une des nouvelles voies de la ZAC Sonis. Décision anodine, à première vue. Mais à y regarder de plus près, les choses ne sont pas si simples.

D’abord, qui était Louis Lacave ?

Ingénieur de son état, il devint maire d’Orléans de 1843 à 1848, avant d’être destitué et mis à la retraite d’office en mars 1848 par le Gouvernement provisoire de la deuxième république.

Cette interruption de sa vie politique fut de courte durée. A la faveur du raidissement du régime, Louis Lacave revint sur le devant de la scène publique. Il fut réintégré comme maire dès août 1848 et élu député monarchiste le 13 mai 1849. Epris d’ordre, il participa à une commission sur la déportation outre-mer des insurgés républicains des journées de juin 1848. Il vota des lois restrictives de la liberté de la presse et de la liberté de réunion, soutint la politique de Louis Napoléon Bonaparte et approuva le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Il fut d’ailleurs élu député de la « Majorité dynastique » (1852-1857) grâce au système dit des « candidatures officielles ».

Louis Lacave fut donc un conservateur patenté, peu suspect de républicanisme, un homme d’ordre et de discipline qui goûta si peu les libertés publiques qu’il s’efforça de les supprimer, et qui prêta un concours actif à l’un des régimes les plus autoritaires que la France eût connu.

Ces seuls titres de gloire auraient dû suffire à écarter prudemment sa candidature pour dénommer une rue de notre espace public. Les majorités municipales précédentes avaient toujours eu cette sagesse et on ne peut que les louer pour ce choix. Notre ville compte suffisamment de personnages remarquables pour qu’il ne soit point nécessaire d’y honorer le suppôt d’un régime liberticide.

Mais cela n’est pas tout. Le choix de Louis Lacave n’est en effet pas seulement déplorable sur un plan politique. Il est aussi désastreux sur le plan symbolique. Car il incarne à lui seul la version la plus brutale du vandalisme patrimonial le plus grossier.

Louis Lacave fut en effet le lamentable fossoyeur de l’ancien hôtel Dieu d’Orléans, un splendide édifice Renaissant (cf. dessin de Charles Pensée), qui ornait le flanc nord de la cathédrale Sainte Croix, à l’emplacement de l’actuel office de tourisme. Il ne reste plus aujourd’hui que quelques fragments épars et mutilés de ce vaste ensemble monumental (cf photo ci dessous  prise hôtel des créneaux).

Cette obstination remarquable dans la hargne destructrice valut à Louis Lacave les sarcasmes conjugués de Victor Hugo, du comte de Montalembert et de Prosper Mérimée qui lui décerna, ainsi qu’à son conseil municipal, « un brevet d’imbécile » valable pour la postérité.

Beau symbole en vérité que d’honorer ce démolisseur en chef, au moment où Orléans s’enorgueillit d’être labélisée « ville d’art et d’histoire » !

Le vieil hôtel Dieu, il est vrai, avait été qualifié d’insalubre (il n’était plus entretenu depuis 1813 afin de hâter sa démolition) et il « gâchait la perspective » sur la cathédrale….  Insalubrité ? Perspective ? Cela ne vous dit rien ? A peu de choses près, ce sont les arguments qui ont été avancés par MM. Grouard et Carré pour justifier leur projet d’alignement d’une partie de la rue des Carmes.

Comme quoi, à un siècle et demi de distance, la vie municipale orléanaise présente de troublantes analogies… et de bien inquiétantes continuités. Espérons donc pour le patrimoine de notre bonne ville que M. Grouard ne sera pas le Lacave du XXIè siècle.

L’opposition municipale n’ a pas voté cette délibération.

Nous demandons qu’elle soit rapportée.

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