Après une semaine de folie (plus jamais un colloque à Nanterre et un conseil municipal à Orléans le même jour : c’est la mort sans phrase) et un léger début d’hibernation qui a mollement débordé du week end, je reviens non sans plaisir aux délices narcissiques (et vaguement exhibitionnistes) de la blogosphère, fût-elle orléanaise. Figurez-vous qu’il faut absolument que je vous parle de cette histoire de charte de la participation citoyenne. Non, non rassurez vous: ce n’est pas là l’article ennuyeux que je vous ai promis il y a peu (et que je vais écrire : je ne menace jamais en vain) sur la procédure d’élaboration de ce texte, le contenu de ses articles, tout ça.
Juste un petit billet. Court. Mais significatif.
Voilà ce dont il s’agit. Comme vous le savez sans doute, le dernier conseil municipal a vu, entre autres, l’adoption d’un texte fondamental sur la participation citoyenne. Un texte “unique” (nous a-t-on dit), une sorte d’horizon épistémologique indépassable de la garantie juridique, le must de la concertation, bref, l’incarnation vivante de la Grundnorm kelsénienne au niveau municipal. Un truc terrible, donc, qui va faire reculer la faim dans le monde et progresser la démocratie partout.
Or, inexplicablement ce texte, que les conseillers municipaux devaient voter (et ont voté, je vous rassure : le conseiller municipal de base est kantien : il doit donc il peut) NE FIGURAIT PAS DANS LE DOSSIER DES DÉLIBERATIONS REMIS AVANT LE CONSEIL. Pour les ignorants (je pense en particulier à Esther), le moindre conseiller municipal de 2ème classe dispose, en gros 48h00 avant de siéger, de l’intégralité des textes sur lesquels on lui demande de se prononcer lors de la réunion de l’assemblée délibérante. Ce qui fait que vendredi soir s’est produite une sorte de faille spatio-temporelle dans la continuité longitudinale du conseil municipal lorsqu’un membre de l’opposition, particulièrement malveillant a fait remarquer cet oubli, causant un moment de flottement (“tangage” conviendrait mieux) dans les rangs généralement majestueux et impavides de l’exécutif. Il a alors fallu remédier à l’oubli sur le mode panique : non pas en reportant la délibération au prochain conseil (c’eût été la solution la plus conforme au droit) mais par un bricolage digne de Pif Gagdget: par la distribution AUX SEULS MEMBRES DE L’OPPOSITION MUNICIPAL du texte en question. Je passerai charitablement sur bazar que cela a mis ans l’ordonnancement du conseil et je me limiterai pour ce soir, aux observations suivantes:
1) Sur le plan du droit, cette délibération est évidemment nulle, et comme dirait l’un de mes vieux maîtres juristes “d’une nullité profonde”. Ce n’est pas mon meilleur ami, le CGCT qui dira le contraire. La non communication d’une pièce aussi importante est un vice de procédure qui ne peut être purgé sur le champ. D’ailleurs, à mon avis, il y a de vrais problèmes de photocopieuses à la mairie : lors du conseil précédent, ce sont les rapports de conclusions définitives de la chambre régionale des comptes sur le club de basket qui ne nous avaient pas été communiqués. Là encore, en contravention manifeste avec les obligations légales. Mais ne chipotons pas…
2) Sur le plan politique, nous avons eu en direct, la démonstration de l’irresponsabilité de nos amis conseillers de la majorité. Voilà en effet de braves gens, tous conseillers délégués, beaucoup conseillers communautaires, et je ne vous parle même pas des adjoints (et encore moins des députés, ça serait cruel), tous gens parfaitement honorables et dotés de responsabilités électives éminentes, qui ont voté un texte sans l’avoir lu, sans savoir ce qu’il y a avait dedans. Comme on signerait un chèque en blanc. Et pas n’importe quel texte : un texte qui va encadrer leur pratique municipale de la vie politique pendant 6 ans. La fameuse Grundnorm orléanaise. Franchement, si les seuls à lire les délibérations sont les conseillers de l’opposition, je propose une simplification du conseil : on considère comme acquis le vote des collègues de la Majo et on limite la réunion aux adjoints qui portent les délibérations et à nous qui les regardons. Ca fera gagner du temps à tout le monde. Et ça rejoint l’une des interrogations fondamentales qui m’agitent depuis le début de mon expérience politque : à quoi sert le conseil municipal, à part à communiquer et à mettre en scène les clivages politiques?
3) Sur le plan symbolique, je m’inquiète drôlement pour la charte. Volià un outil qui est sensé intensifier la participation citoyenne et qui a été voté dans l’indifférence générale, pire, dans l’ignorance absolue de la majorité. A Rome, à la grande époque (quand les types portaient ces toges encombrantes et parlaient systématiquement latin), on observait les entrailles des bestioles pour prédire l’avenir, et on étudiait le vol des oiseaux avant de faire un truc important (on appelait cela “in-auguratio”). A Rome, donc, on aurait considéré un bug pareil comme de super mauvais augure pour la suite. Et on l’aurait laissé tomber.

Mais il est vrai que les Romains étaient un peuple de juristes. Et qui plus est de juristes superstitieux.
ô tempora, ô mores!




