Place de l’Etape

La démocratie participative à Orléans : entre Shadocks et pieds nickelés

28 octobre 2009 · 10 commentaires

shadok10Vous connaissez sans doute cette imparable devise Shadock : “Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?“. Hé bien la ville d’Orléans semble l’avoir fait sienne à propos de la mise en place de la fameuse “démocratie participative” autoproclamée dans la non moins fameuse “Charte de la démocratie citoyenne”. Qu’on en juge plutôt, à l’aide du bref rappel des épisodes précédents que j’ai concocté à votre attention:

1) Point n°1: La mise en place des CMA, ces “comités de mobilisation et d’animation” qui sont un peu à la démocratie participative ce que l’avant garde prolétarienne est à la lutte des classes: un petit corps d’élite, constitué de citoyens ultramotivés et conscientisés, ayant pour tâche de se déployer sur le territoire de la ville tels de pacifiques tirailleurs municipaux. Les CMA “pilotent” les CCQ (l’assemblée anonyme du quartier, composée de tous ses citoyens “ordinaires”), et servent d’interface entre la ville et les habitants de base. Il y en a 12 en tout. Participant à l’un des ces CMA, je n’ai personnellement toujours pas bien compris ce que nous étions sensés faire à part nous “mobiliser” et adhérer avec enthousiasme aux Merveilleux Projets Municipaux. J’ai bien compris en revanche que ces instances n’étaient ni des lieux de décision, ni des instances critiques. La composition des CMA est délibérément byzantine : des élus, des “personnes ressources”, choisies presque exclusivement parmi des sympathisants de la majorité municipale, et des citoyens “volontaires” (les autres ne le sont sans doute pas) tirés au sort mais pour un an seulement (on ne sait jamais, ils pourraient être en désaccord avec la majorité). Les associations de quartiers en sont exclues es qualité, mais leur président peut y siéger s’il a donné des gages de loyauté à la majorité. Au programme des CMA: la couleur des poubelles, la distribution des branches de sapin pour Noël, l’emplacement des cabines téléphoniques.

2) Point n°2: La mise en place des ateliers. A l’intérieur de ces CMA sont sensés se mettre en place des ateliers thématiques rassemblant les membres du CMA qui voudront bien s’y inscrire. Je ne peux pas encore vous parler de ces ateliers, ceux de mon CMA ne se sont pas encore tenus. Si l’on estime que dans chaque CMA on a en moyenne 3 ateliers, ce nouveau bidule permet de générer automatiquement au moins 36 micro structures (et autant de réunions).

3) Point n°3: le “forum citoyen”.  Pour donner un peu de hauteur de vue à tout cela et sortir de la gestion ultra localiste qui caractérise la politique municipale actuelle, on a eu l’idée de créer un “forum citoyen” commun à l’ensemble de la ville, avec pour ambition affichée d’y discuter des projets transversaux et structurants. Naturellement, les membres des CMA (et des CCQ) ne sont pas d’office membres du forum citoyen (trop simple). Il faut s’y inscrire et suivre une formation spécifique.

4) Point n°4: La fragmentation du forum citoyen. Comme un seul forum pour toute la ville, c’était trop ambitieux, on a décidé de scinder le forum en ateliers thématiques (3) et les ateliers thématiques en “sessions” (2 par atelier), afin de perdre de vue la vision globale que l’instauration du forum citoyen permettait vaguement d’espérer. On a donc reconstitué 6 groupes.

5) L’enfumage : on n’y comprend plus rien. Les ateliers du forum ont-ils un lien avec ceux des CMA? Comment vont fonctionner les sessions les unes par rapport aux autres? Qui fait quoi? Qui est le référent de qui? Comment s’articulent ces différentes structures?  Le forum aura-t-il un pouvoir d’inflexion sur la politique municipale? Quand on sait que les principaux dossiers de la mandature sont déjà bouclés sur le plan technique, on peut douter de la portée de ces réunions.

Surtout, le dispositif est tellement parcellisé, éclaté, fragmenté, qu’il en devient totalement incompréhensible et désespérément illisible.

6) Le risque d’implosion de la démocratie participative. Voici l’extrait d’un message envoyé par Mme Ricard aux membres du CMA Carmes Bannier :”Nous sommes dans l’obligation d’annuler TOUTES LES REUNIONS ET PRE-REUNIONS prévues pour nos différents ateliers : il y a tellement peu d’inscrits que, même si nous aurions pu y faire du bon travail nous n’aurions pu nous prévaloir d’une réelle concertation avec les habitants..”

Voilà pour les Shadocks. Sympathiques mais incompétents.

7) L’ombre du soupçon. Il y a une seconde version de la même histoire. C’est le côté obscur de la farce. Le côté Pieds nickelés. D’abord quelques faits complémentaires:

- Ce salmigondis institutionnel nous est servi par une boite de communication et de marketing politique “entreprise de conseil en développement durable, de graphisme pour la presse et de conseil en termes de participation citoyenne”: Etik press presse, qui fait surtout dans l’affichage le développement durable.

- Parallèlement à tout cela, la majorité municipale se comporte avec un effrayant sectarisme dans ses rapports avec l’opposition (et donc avec près de 49% des électeurs). L’opposition municipale n’est associée à rien, consultée sur rien, informée sur rien. La commission budget ne se réunit jamais, les demandes d’informations sur les projets en cours restent lettre morte ou reçoivent une réponse systématiquement négative quand on daigne y répondre. Dernièrement, j’ai ainsi demandé la production des études préparatoires au pharaonique projet d’aménagement du carrefour Jaurès. Mon collègue Jean Philippe Grand a fait de même pour l’Aréna. Fin de non recevoir dans les deux cas, doublée d’une argumentation juridique pointilliste et ultra procédurale. Ces études ont pourtant été financées avec l’argent des contribuables orléanais, mais seuls les membres de la majorité municipale peuvent en prendre connaissance. Et les élus de l’opposition? Quels élus de l’opposition? Il y a des élus dans l’opposition? C’est quoi l’opposition, au fait?

- les membres du CMA Carmes Bannier sont parmi les plus remuants de la ville. Le secteur est en outre promis à des transformations urbaines considérables (élargissement de la rue des Carmes, démontage de la Trémie Jaurès) qui font débat (c’est le moins qu’on puisse dire). A ma connaissance, et sauf erreur de ma part, c’est aussi le seul CMA où ces réunions ont été annulées, et où l’on a proposé un regroupement avec un autre CMA, celui de Bourgogne République. Je trouve personnellement cette coïncidence troublante. J’aurais préféré que ce fût dans un CMA “tranquille “comme celui de Dunois, par exemple, que ces mesures extrêmes aient été prises. Là, l’impression d’une punition ne peut être dissipée.

Soyons sérieux. Construire la démocratie participative quand on bafoue ainsi la démocratie représentative et qu’on méprise la démocratie associative (les associations ne sont pas reconnues par le dispositif Etik press) c’est tout simplement IMPOSSIBLE. Par contrecoup l’embrouillaminis participatif s’explique mieux. Les dysfonctionnements ne sont pas subis. Ils sont induits. La déconstruction des instances de discussion orléanaises (CMA, forum citoyen) par une série de subdivisions successives qui en rendent le fonctionnement inefficace (ateliers, sessions) est une métaphore de l’impuissance démocratique que la majorité actuelle entretient de manière méthodique. Comme disait si bien Jules, Dividere ut regnes. Diviser pour régner. Il n’y a que cela de vrai (même si ça c’est mal fini pour Jules).

On le sait bien: à Orléans, quand la majorité municipale nous chante l’air de la démocratie participative, c’est du pipeau!

Les pieds nickelés et la démocratie participative

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10 réponses jusqu'à présent ↓

  • foliecyniquedesgrandeurs // 29 octobre 2009 à 12:20

    Ce serait drôle, si la démocratie n’était pas en jeu à tous les niveaux de la République.
    Sommes-nous d’ailleurs encore en République, quand les partis sont plus préoccupés de prendre le pouvoir et/ou de le garder par n’importe quel moyen, même aussi abject que ce que vous dénoncez chez les “majoritaires” ?
    De quoi écoeurer les citoyens qui voudraient participer à une bonne “gestion de la ville”. N’est-ce pas le but recherché ?

  • Dominique // 29 octobre 2009 à 11:51

    Côté Quartier GARE, 1 seul CMA tenu en juillet dernier et nous avons consacré un temps conséquent aux concours des maisons et balcons fleuris… Il y avait été annoncé que le rythme des CMA serait en moyenne bimestriel… sachant que nous sommes bientôt en novembre et qu’aucune date de CMA dans ce quartier n’est communiquée à ce jour, cela laisse rêveur sur l’importance accordée aux CMA… et bien entendu, dès que nous voulons aborder les grands projets ou chantiers (au point mort depuis 2 ans puisqu’il n’ y a pas d’élections municipales dans les prochains mois…), le nuage de fumée habituel revient (“c’est la faute aux autres”, “il faut avoir confiance dans les promesses de M. le Maire”,…).
    Bref, pour reprendre une expression de M. le Maire utilisée dans un autre contexte (débat sur les drapeaux tibétains sur les Mairies), c’est de la “mousse médiatique”… facturée par Etik press…

  • Miguel // 29 octobre 2009 à 3:52

    Moi, je me rappelle du 1er CMA Bourgogne :

    On a eu 1h de monologue de Catherine Mauroy. Puis, est arrivé l’adjoint à la participation citoyenne (dont j’ai oublié le nom , vu qu’il n’intervient presque jamais ni en conseil ni en réunion publique). Il écoute un bon moment et devant le flou dit “Mais avez-vous présenté à quoi sert le CMA ?”. C. Mauroy s’est énervée : “écoutez, dans l’ordre du jour, il y a 4 points, nous en sommes au point 3″ puis elle a continué son monologue devant les membres du CMA atterrés. Elle n’a jamais expliqué au gens à quoi ça servait.

    Plus tard, dans les réunions, on lui a demandé comment les ateliers du CMA s’articulaient avec ceux du forum citoyen. Elle n’avait pas l’air de vraiment savoir non-plus. En fait, je crois que C. Mauroy mène la barque… comme elle le faisait avant, avec ses amis politiques du conseil de quartier. Et puis c’est tout…

    C’est assez déconcertant y compris pour certains de ses amis politiques qui croyaient qu’ils auraient leur mot à dire sur d’autres sujets que de savoir s’il faut installer à tel endroit 1 ou 2 containers à bouteilles ou pas de containers tout.

    Mme Mauroy a tellement peur de perdre pied en réunion, qu’elle réagit vivement à toute remarque si bien qu’elle met mal à l’aise tout le monde. Que ses opposants au CMA s’en étonnent, c’est presque naturel. Que les plus vives contestations viennent de ses propres rang est un peu plus gênant.

    Au final, pas étonnant que, je jugeant minoritaire dans son propre CMA, Brigitte Ricard décide de jeter l’éponge et de limoger ses propres instances…

    Ah, c’est décidément pas facile pour la droite locale de débattre de manière ouverte avec les citoyens…

  • eric citoyen // 29 octobre 2009 à 5:14

    A Mulhouse pour une fois nous sommes en avance … ça fait des années qu’on tente de nous enfumer comme ça !

    @ +

    Bésitos

  • minijack // 29 octobre 2009 à 7:01

    @Miguel
    Moi qui ai participé aux précédents Comités de Pilotage du CCQ Bourgogne-République, je peux te rassurer sur la nature démocrate de Catherine Mauroy. Mais il est certain que travailler à six ou sept comme lors de la précédente mandature et travailler à quinze ou vingt comme aujourd’hui sont deux choses totalement différentes. Plus on est plus il faut de discipline. Bien que tu me classes dans les amis politiques en question (et avec raison), je suis le premier à me sentir moins à l’aise dans ce CMA que dans les anciens CPCQQ. Non pas parce que Catherine serait trop directive mais tout bêtement pour des raisons techniques : parce que, du fait du nombre de participants, il y est bien plus difficile d’y prendre la parole pour exposer sa pensée jusqu’au bout sans être interrompu, ce qui oblige parfois à monter le ton pour finir.
    D’autant que la salle du 1er étage de la Mairie de proximité est très sonore et pas du tout adaptée à ce genre de discussions-débats.
    Ce qui ne préjuge en rien de désaccords sur le fond.

  • Gizmo // 29 octobre 2009 à 9:20

    Chronologiquement entre Shadocks et Pieds Nickelés, y a pas Tintin ?

  • Miguel // 30 octobre 2009 à 9:16

    “nature démocrate de Catherine Mauroy” : minijack, enfin !

  • Orléans Carmes // 20 novembre 2009 à 7:52

    Bonjour,

    Le comité Carmes à de nouvelles têtes
    et votre comparaison avec les shadocs est méprisante.

    Comme beaucoup de gens, vous considérez
    que des gens gentils sont des faibles.
    Que cette faiblesse doit être exploitée avec le mépris.

    Vous souhaitez “briller” en faisant de l’esprit
    tout en imitant les humoristes qui n’ont pour talent
    que la seule critique cynique des autres.

    Bien loin sont les humoristes de la trempe
    de Françis Blanche et de Pierre Dac, fourmillant
    d’idées non destructrice pour leur compatriotes.
    Capable de faire rire et de “briller” en décrivant
    l’accouplement d’une petite cuillère et d’une grande fourchette…
    De fabriquer mille petites annonces truculentes
    d’un réalisme accablant et déclenchant des flots de larmes de bonheur…

    Vous souhaitez nous prouver que vous avez de l’esprit…
    Si vous en avez, est-ce utile de vouloir le prouver.

    C’est bien connu, il n’y a jamais de mauvais
    professeurs, il n’y a que de mauvais élèves…

    Vous n’avez rien trouvé de mieux que de
    vouloir “briller” devant un parterre de cons.

    Autant demander son chemin à un aveugle !

    Restons respectivement humbles, il a toujours
    été prouvé qu’il est toujours plus facile d’avoir à faire
    à un général, plutôt qu’un caporal.

    Salutations respectueuses.
    Méca Orléans

  • CLT // 21 novembre 2009 à 4:09

    Le commentateur ici dénommé “Orléans Carmes” ou “Méca Orléans” a laissé le commentaire précédent deux fois sur ce blog. Conformément aux usages, le doublon a été supprimé. A la suite de cette suppression, j’ai reçu de cette personne ( qui se fait appeler cette fois “loiret”) le mail suivant, que je vous reproduis, pour information:

    “C’est vous qui parlez de « démocratie » sur vos pages blog.

    J’ai passé un courrier à faire paraître sur votre blog
    Vous vous êtes empressée de le retirer…

    Tiens..tiens…, vous vous empressez de baver
    sur le gouvernement en place
    et sur la municipalité actuelle à Orléans.

    Vous criez au scandale de ne pas faire valoriser
    vos idées… et dès que celles des autres arrivent… sur votre blog vous vous empressez
    de les “Squouiser” comme dans les belles dictatures socialiste du monde…

    La démocratie, c’est bien, quand elle va dans votre sens… quelle ne vous contrarie pas…
    et quelle vous permets de bomber votre torse…

    Belle « manipulation »
    du cortex de vos lecteurs…

    Tiens tiens… la droite et la libre expression…
    beau rôle de la gauche de se plaindre que leur tribune n’est pas assez grande
    pour “baver” un peu plus…

    Sur votre blog, la même tendance se valorise…se congratule… se gargarise
    …d’un ton complaisant… On aime parler de la même chose
    comme dans les salons de thé, on ne parle que d’étiquette en oubliant
    volontairement l’éthique … pour mieux jouir ensemble, comme
    dans un gigantesque lupanar…

    Se caresser mutuellement dans le sens du poil…
    On se dit des gentillesses… on fait monter les troubles… doucement…
    doucement… en mettant de coté… un trouble fait qui pourrait
    éventuellement faire tomber l’exitation qui vous ai indispensable
    pour jouir sans retenue sur vos pages…
    Et surtout pour que les voisins entendent bien
    que vous savez bien profiter de la vie… et que vous
    avez de tellement bonnes idées… que vous constatez avec vos lecteurs
    que personne dans vos pages jouent la contradiction…

    Continuez comme ça… Vous êtes en train de visser en place la droite…
    qui grace à vous à 40 ans de belles années devant elle…”

    Fin de citation…

  • Pascal // 21 novembre 2009 à 8:30

    Ben dites donc, y’a de sacrés loustiques dans l’association du gars “Orléans Carmes”.

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